Arpeggione la vie Musicale en France
Johannes Brahms
Brahms

Johannes Brahms
(1833-1897)

Brahms aujourd'hui

Aimez-vous Brahms ?

Dans la mesure où l'on ne peut aimer que ce l'on connaît (et c'est d'autant plus vrai du sentiment contraire...), nous nous sommes proposés ici de vous fournir quelques éléments susceptibles de vous faire (re)découvrir un homme, mais surtout une oeuvre qui, à plus d'un titre, est majeure.

Bien sûr, qui ne connaît pas le troisième mouvement de sa troisième Symphonie ou le finale de son Concerto pour violon, cheval de bataille de tout violoniste chevronné... Sans parler de ses Danses hongroises !!

Qu'ils agacent ou non le mélomane, ces "tubes" ne doivent pas faire oublier les caractères de l'oeuvre de Brahms, qui place celui-ci parmi "les plus grands".

  • Diversité d'abord : Monsieur Brahms a "touché à tout", si ce n'est à l'opéra, mais la cantate Rinaldo, n'en est-elle pas si loin ? Ce monsieur-là s'est donc "attaqué" à la musique vocale, lieder, duos, quatuors, motets, cantates... jusqu'au Requiem allemand, op.45, pour soli, choeur et orchestre ; à la musique pour piano seul ; à la musique de chambre, de la "classique" Sonate pour violon et piano au Sextuor ; à la musique symphonique.
  • Variété et évolution stylistiques sont, à notre sens significatives et bien évidentes pour qui veut se donner la peine d'explorer d'un peu près cette musique. Voyez sa musique pour piano seul, et considérez un peu le chemin parcouru entre les flamboyantes et "juvéniles" Sonates aux ultimes opus 116 à 119. Considérez un peu les combinaisons instrumentales de sa musique de chambre, son Trio pour violon, cor et piano, op.40 ou celui pour piano, clarinette et violoncelle, op.114 (il fallait oser !), par exemple.
  • Liberté, tant dans la forme que dans le fond. Oui Monsieur Brahms était un classique. Il a su se glisser admirablement dans les formes classiques, et les règles n'ont jamais bridé sa liberté d'expression. S'il n'était pas un révolutionnaire, ni un provocateur, il ne s'est jamais laissé brider par des formes qu'il savait "déformer" et détourner à son avantage, et, grâces lui soient rendues, à sa musique. Les libertés rythmiques qui parsèment son oeuvre, voyez ses fameux "trois pour deux" détonnent dans une période qui n'a guère connu d'échevelé.
  • Hardiesses, enfin, harmoniques et tonales, qui furent "révélées" par... Arnold Schoenberg dès 1933. Peut-être faudrait-il plutôt dire qu'il fallut attendre cette année-là, pour qu'un homme qui n'avait rien d'un académique et d'un conservateur, et qui s'est toujours affirmé comme l'héritier de Wagner, révélât cela.

Ce dossier n'a pas la prétention de tout dire sur Brahms et son oeuvre... Là n'en n'est pas l'objet. Il n'a qu'une ambition, donner au mélomane curieux les moyens de pousser plus avant sa connaissance d'une oeuvre qui, faut-il le souligner, voyez la discographie, a été, et est servie par les plus grands interprètes.

Enfin si Claude Rostand pouvait écrire en 1958 ce qu'il a écrit sur "Brahms et la France" en introduction à sa magistrale étude sur l'homme et l'oeuvre, on ne saurait aujourd'hui avancer de telles choses tant sa musique a fait l'objet d'un réel réexamen de la part de nos plus grands musiciens. Pas une saison sans qu'un orchestre n'inscrive à son programme une de ses symphonies, sans qu'un pianiste n'interprète un de ses redoutables Concertos pour piano, sans parler bien sûr du non moins "diabolique" Concerto pour violon.
Ne parlons même pas des enregistrements que nous offrent des Jean-Claude Pennetier, Régis Pasquier, Jean-Jacques Kantorow, Roland Pidoux...
La France, et c'est tant mieux, a jeté son dévolu sur la musique de Brahms... A consommer sans modération !


Aperçu biographique
Notre propos n'est pas de proposer une biographie du compositeur, que l'on retrouvera facilement dans divers ouvrages de musique (outre les dictionnaires et encyclopédies).

Il s'agit ici de présenter quelques points de repères essentiels à la compréhension à la fois de la vie, mais aussi de l'oeuvre du compositeur.

La vie de Johannes Brahms (1833 - 1897) peut être "divisée" en trois grandes périodes, que nous considérerons successivement :

La période d'apprentissage (jusqu'en 1856)

La période de "maturation" (1856 - 1863)

La période viennoise (à partir de 1863)


La période d'apprentissage (jusqu'en 1856)

Enseignement du piano avec Cossel et Marxsen à Hambourg.

Rencontre avec Remenyi et Joseph Joachim (violoniste virtuose) qui devint son ami et "conseiller musical".

Josef Joachim Brahms et Remenyi
Josef Joachim Brahms et Remenyi
(1853)

Tournées dans les pays germaniques où le jeune Brahms commence à se faire un nom, comme pianiste virtuose, mais aussi comme compositeur.

Rencontre avec Robert et Clara Schumann. Rencontre à plus d'un titre déterminante, Robert se posant d'emblée comme un père spirituel pour le jeune compositeur.
Clara fut toute sa vie une ardente propagandiste de sa musique.

De cette période datent :

  • Sonate pour piano, op.5
  • Quatre Ballades pour piano, op.10
  • Variations sur un thème de Schumann, op.9

A partir de 1855, Brahms commence, solitaire, l'étude des grands maîtres du passé (tels que Bach, Roland de Lassus, Palestrina), chez qui il trouva une source essentielle de son inspiration future.

La mort de Robert Schumann en 1856 clôt cette période d'apprentissage.

La période de "maturation" (1856 - 1863)

C'est la période des premiers emplois et des premiers chefs-d'oeuvre.

  • Concerto pour piano en ré mineur, op. 15
  • Variations sur un thème de Haendel pour piano, op.24
  • Sextuor à cordes, op.18
  • deux Quatuors pour piano et cordes, op.25 et 26

A Hambourg, où il vit encore officiellement, il fonde un choeur de femmes (amateur), le Frauenchor, pour lequel il composa de nombreuses oeuvres.

Le Frauenchor de Hambourg Le Frauenchor de Hambourg

Après qu'on lui ait refusé la direction de la Philharmonie de Hambourg, on lui propose celle de la Singakademie de Vienne.
Fin août 1863, il s'installait dans la capitale autrichienne.

La période viennoise (1863 - 1897)

A Vienne il se lie d'amitié avec Johann Strauss et Hanslick, le critique musical qui fut un (trop ?) ardent défenseur de la musique de Brahms, face à celle des "modernes" (Wagner et Liszt).

Eduard Hanslick et Richard Wagner Eduard Hanslick et Richard Wagner

A la tête de la Singakademie il propose au public viennois des oeuvres assez peu connues, telles celles de Gabrieli, Schütz, ou certaines Cantates de J.-S. Bach.

Johannes Brahms et Johann Strauss à Bad Ischl Johannes Brahms et Johann Strauss à Bad Ischl

En 1864, il démissionne de la Singakademie pour se consacrer exclusivement à la composition.

C'est l'époque :

  • des Romances de Magdelone, op.33
  • du Trio pour piano, violon et cor, op.40
  • du Requiem allemand, créé à Brême le 10 avril 1868, dont le succès assit définitivement la notoriété du compositeur
  • de la Rhapsodie pour contralto, choeur d'hommes et orchestre, op.53
  • du Schicksalslied (Chant du destin), op.54 (sur un texte de Höderlin).

De 1872 à 1875 il dirige la Gesellschaft der Musikfreunde (Société des amis de la musique), dernier poste qu'il accepta.

Au début des années 1870, Brahms est un compositeur reconnu dont l'oeuvre recouvre tous les genres, excepté un... la musique symphonique (et l'opéra, mais ne peut-on rapprocher la cantate Rinaldo de ce genre ?).
A part les deux Sérénades pour orchestre, oeuvres de jeunesse, on ne compte guère que le premier Concerto pour piano et orchestre, créé au Gewandhaus de Leipzig le 27 janvier 1859, et qui connut un échec retentissant.

Il fallut attendre la composition des Variations sur un thème de Haydn, op.56 (1873) pour voir s'ouvrir l'ère symphonique de Johannes Brahms et qui prit fin avec la composition du Double Concerto pour violon et violoncelle, op.102.

Ce n'est que le 17 décembre 1876 qu'est créée la première des quatre Symphonies de Brahms. Accueillie froidement à Vienne, elle fut un triomphe à Leipzig.
Brahms est avec Anton Bruckner le dernier grand symphoniste pur de la tradition germanique, succédant ainsi à W. A. Mozart, J. Haydn, F. Schubert et L. van Beethoven.
C'est autour de ces compositions que s'est jouée la querelle des "anciens" et des "modernes" opposant les tenants de la musique de Brahms et ceux de la musique de Wagner à Vienne (Felix Mottl, Hermann Levi, Hugo Wolf).

La deuxième Symphonie fut composée durant l'été 1877, la célèbre troisième, probablement la plus personnelle du compositeur, fut créée à Vienne en décembre 1883 et la quatrième en 1885.

Donc quatre Symphonies, deux Concertos pour piano et orchestre, op.15 et 83, le célèbre Concerto pour violon et orchestre, op.77 (1878), dédié à Joseph Joachim, le Double Concerto pour violon et violoncelle et orchestre, op.102 (1887), et deux Ouvertures, composition de circonstance, forment le corpus symphonique de l'oeuvre de Brahms.

La musique de chambre, et avec elle la musique vocale, est omniprésente dans son oeuvre et les compositions s'échelonnent sur toute sa carrière.

A noter parmi les dernières compositions :

  • la Sonate pour piano et violoncelle, op.99 (1886)
  • la Sonate pour violon et piano, op.100 (1886)
  • le Trio pour piano et cordes, op.101 (1886)
  • le Quintette à cordes, op.111 (1890)
  • le Trio pour clarinette, violoncelle et piano, op.114
  • le Quintette pour clarinette et cordes, op.115
  • les op.116, 117, 118 et 119 pour piano seul
  • les deux Sonates pour clarinette et cordes, op.120
  • les Quatre Chants Sérieux, op.121

 



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